
Elle se balade avec des tenues qu’on ne voit que dans les films de science-fiction, elle s’habille avec des morceaux de viande, elle arrive dans des soirées enfermée dans un œuf, elle porte des chapeaux encore plus fous que ceux de la Reine d’Angleterre, elle cache son visage sous des masques étranges, se maquille autant qu’une drague queen, ou met des prothèses sur son visage. Elle fait aussi de la provocation son cheval de bataille, n’hésitant pas à choquer les Catholiques avec son nouveau single « Judas », elle qui a passé une partie de son enfance dans une école religieuse. La musicienne est gaga, et c’est ce qui fait son succès.
Elle est presque un cartoon, un personnage plus qu’une chanteuse, une artiste à part, en tout cas. Est-elle folle, est-elle géniale ? Le cas Gaga divise. Ne joue-t-elle pas trop sur les excentricités vestimentaires et les mises en scène décalées aux dépens de la musique ? Les mauvaises langues disent que sa démarche n’est qu’une affaire de marketing, sans sincérité aucune, dissimulant un manque de talent. Mais Lady Gaga, aussi superstar soit-elle, est sensible aux critiques. « Si vous voulez que je sois une artiste préfabriquée, vous pouvez aller vous faire foutre », a-t-elle dit au journal britannique NME. Et d’ajouter : « Si vous m’enlevez mon nœud dans les cheveux, ma perruque, mes chaussures, mon soutien-gorge, tout ce que j’ai sur le corps et que vous me mettez devant un piano et un micro, je vous ferai fondre en larmes ». Dans un documentaire sur sa dernière tournée, la chanteuse de 25 ans a littéralement craqué, pleurant face aux attaques des critiques : « Je me sens encore parfois comme l’ado ratée de l’époque du lycée, et je dois me pincer tous les matins pour me dire que je suis une superstar et ainsi traverser la journée en étant ce que mon public veut que je sois. Ça me blesse quand je pense à toute l’authenticité et à toute la franchise qui sont en moi et que je vois à quel point les gens ne s’en rendent pas compte. Ils ne s’arrêtent qu’aux perruques et au maquillage ». Pauvre petite Cendrillon martyrisée par le monde entier ! Plus sérieusement, y a-t-il un artiste au monde qui fait l’unanimité ?

Et malgré les critiques qui peuvent avoir raison au sujet du style très pop et commercial de ses chansons, Lady Gaga se positionne pourtant en vraie artiste avec des visuels toujours très travaillés, et ses apparitions peu banales pourraient être comparées à des happenings. Dans sa démarche, on reconnaît également l’influence de grands musiciens, tels que David Bowie, Madonna ou Freddie Mercury. Et qui peut nier avoir fredonné les imparables mélodies de « Poker Face », « Bad Romance » ou « Born This Way » ? Oui, la Gaga sait y faire pour pondre des tubes à la pelle. Une machine à succès, cette fille-là, alors que ses débuts ont été plutôt chaotiques.
A quatre ans, Stefani Joanne Angelina Germanotta commence le piano. Adolescente, elle compose et étudie à l’Université, qu’elle quitte pour se consacrer à la musique. Vivre de son art n’étant pas facile, elle travaille en tant que serveuse et gogo danseuse dans des bars de striptease. A 19 ans, elle signe avec Def Jam Records, mais le label rompt le contrat au bout de trois mois. Bouleversée, elle fait des spectacles burlesques et commence à prendre de la drogue. Elle rencontre un producteur, Rob Fusari, qui lui donne le surnom de Gaga, en référence à un morceau du groupe Queen. Lady Gaga est née. Sa carrière se développe et elle commence à écrire des chansons pour les Pussycat Dolls, Fergie, Britney Spears et Akon. Celui-ci est si impressionné par sa voix qu’il convainc le président de son label de la signer. Et la voilà lancée vers la gloire. Mais quand on voit d’anciennes photos de ses débuts, on remarque que la chanteuse a subi une véritable transformation. Il y a quelques années, elle n’était pas encore cette créature sophistiquée que l’on connaît, mais une fille toute simple, au look passe-partout. Un gros travail de relookage a finalement transformé le vilain petit canard en superstar.

Et que de chemin parcouru depuis ! La nouvelle étape, c’est ce CD, « Born This Way ». Pour l’occasion, la musicienne nous surprend encore en se présentant dans des mises en scène délirantes : dans le clip du premier single, elle se la joue alien, alors que sur la pochette de l’album, elle est transformée en femme-moto ! Elle a une fois de plus impressionné son monde avec ses nouveaux clips, de vrais courts-métrages de plusieurs minutes. Et l’album, que nous réserve-t-il de beau ? Lady Gagy n’y va pas par quatre chemins : elle l’annonce déjà comme le meilleur de la décennie ! La chanson éponyme a peut-être un peu surpris ses aficionados, et ses détracteurs l’ont même considérée comme un plagiat d’« Express Yourself » de Madonna, mais pas de doute, ce « Born This Way » devrait nous réserver de beaux moments. Dans cet album, on trouvera le style pop très dansant de la Gaga, mais aussi une ballade, « You and I » sur laquelle apparaît Brian May, guitariste de Queen. La chanson « Hair », l’un des futurs singles, est décrite par la chanteuse comme un titre axé clubbing, avec une mélodie dans le style de Kiss et Iron Maiden. Et sur le morceau « Americano », Lady Gaga s’est inspirée d’Edith Piaf. Bref, la chanteuse a été plutôt ambitieuse avec ce CD. « Plus vous le consommerez, plus l’écoute de cet album sera intense. Chaque chanson est un paradis artificiel différent » a-t-elle dit au Harper’s Bazaar. Pour vérifier tout ça, il n’y a plus qu’à se jeter sur cette galette tant attendue dès sa sortie.
