
Guy Manuel de Homem Christo né en 1974 et Thomas Bangalter né en 1975 se croisent pour la première fois en 1987 sur les bancs du Lycée Carnot, un établissement scolaire du 17ème arrondissement de Paris... Tous les deux passionnés par la musique, c'est ce qui va les rapprocher... Mais pas seulement... À cette époque, il se passionnent aussi pour le cinéma expérimental : Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick, Peter Sellers, Andy Warhol... Ils s'imprègnent aussi de bon nombre de films d'horreur... Warhol a été un véritable moteur pour eux car ils avaient l'impression d'assister à quelque chose de subversif et donc de développer eux-mêmes une forme de subversivité. Ils avoueront plus tard avoir été profondément marqué par le film “Phantom of the Paradise“ avec le héros portant une combinaison en cuir et un masque chromé. Voilà qui explique sans doute l’origine de beaucoup de choses ! En 1992, ils montent, comme beaucoup de potes du lycée, le groupe rock “Darlin'“ dans lequel on trouvait aussi Laurent de Phoenix ! Thomas est à basse et Guy-Manuel chante et écrit les textes. Signé sur le label Duophonic de Stereolab et influencé par les Stooges et MC5, leur prod sort en Angleterre : la critique est impitoyable avec eux et la presse britannique les affuble d'un nom évocateur “Les Daft Punk“ (littéralement, punk idiot)... Sans le savoir, ils viennent de donner naissance au plus grand groupe de musique électronique au monde. Face à l'apathie du milieu rock, ils décident de se tourner vers la techno et la house qu'ils ont découvert via Andrew Weatherall, Primal Scream et The Orb. Ils s'imprègnent alors du milieu des clubs et des raves, dont une, en particulier, va bouleverser l'avenir des Daft Punk. Nous sommes en 1993. Une Rave est organisée à… EuroDisney... A croire que l’univers de la petite souris est inscrit dans la ligne de vie des Daft ! C’est au cours de cet événement qu’ils rencontrent les dirigeants du label techno écossais “Soma“ et leur donnent une maquette… Le duo se fait déjà appelé « Daft Punk » et vient de sortir, en cette année 1994, un maxi deux titres « Alive » / «The New Wave ». Accompagnée d'un cliché des deux gamins (ils n'ont pas 20 ans), la note de présentation pour la presse dit simplement « techno adolescente française ». Original et subversif, Guy Manuel et Thomas tranchent déjà par leur originalité. Mais il faudra attendre un an pour que le séisme Daft Punk viennent titiller les Etats-Unis : leurs titres «Da Funk / Rollin' & Scratchin'» est joué par les grands pontes de la scène Techno de Chicago. Les Chemical Brothers en sont fans et les invitent même à faire leur première partie. Début d’une success story…
La grenade sonore « Homework » est dégoupillée par Virgin qui leur offre un chèque avec beaucoup de zéros pour les avoir dans son catalogue artistes. Réalisé à la maison avec peu de moyens, cet album aujourd’hui culte sort fin 1996. Le buzz autour de Daft Punk est énorme : qui sont ces deux musiciens derrière leurs marques ? Sont ils le faire valoir d’un collectif d’artistes ultra talentueux ou en fait le délire d’un génie seul derrière son ordi ? Mais au fait, existent-ils vraiment ? « Homework » reste à ce jour l’album électro qui met tous les musiciens d’accord. Souvent cités dans le « top 10 » des albums indispensables, il reste un petit bijou d’house et a servi de vitrine à la French Touch. Derrière Daft Punk, toute une escarcelle de groupes talentueux apparaissent : Air, Cassius, Superdiscount, Modjo, Stardust, Etienne de Crécy... Niveau musique, “Homework“ tangue entre house et techno et ajoute la patte décomplexée des Daft, qui n'hésitent pas à tremper leurs sonorités d'échos pop, rock et même hip-hop. Surtout, il aligne les titres tubesques de “Around the world“ à “Burnin'“ en passant par “Révolution 909“ ! L'album se vendra a plus de 2,5 millions d'exemplaires dans le monde !

Mais surtout, la starisation foudroyante du groupe tient au mystère qui entoure les jeunes parisiens... Pour éviter d'être pris au piège et pour contrer le star-system, le duo n'apparaît que masqué ou à travers des photos systématiquement retouchées et évite les interviews. C'est cette “marginalisation“ artistique qui les propulse au rang de phénomène et ce aux quatre coins du globe et peut-être même de l'espace aussi. Cette démarche se radicalisera d'ailleurs jusqu'à la sortie de “Discovery“ où les deux hommes accompliront leur métamorphose finale sous forme de robots ! Après “Homework“, ils partent pour une tournée de quarante dates pharaoniques, exceptionnelles (les superlatifs me manquent...) qui les mènera jusqu'aux Etats-Unis. Cette escapade mondiale démontre la maestria scénique de Thomas et Guy-Manuel qui créent un véritable show en réinventant leur répertoire chaque soir, loin des chichis et de la pauvreté scénique des artistes électroniques alors en vigueur.
Fort de leur succès, le duo s'émancipe encore un peu plus et se lance dans la création de labels. Guy-Manuel crée “Crydamoure“, dans lequel il s'adonne à la house underground, Thoams Bangalter, quant à lui, crée “Roulé“ un label plus accessible au grand public et duquel sortira la bombe de stardust (composé de Thomas Bangalter, Benjamin Diamond et Alain Quême), “Music Sounds Better With You“. Ce bijou pop-house marquera la fin des années 90 et en profitera pour battre tous les records dancefloor avec plus de 1,5 millions d'exemplaires vendus. Déjà à la pointe de la technologie, le groupe va pousser le vice jusqu'à se faire remplacer par des robots pour les interviews, nous sommes en 1999.
Avec l'envie d'aller plus loin pour concrétiser leur désir, les Daft Punk rencontrent Liji Matsumoto, le créateur du dessin animé “Albator“ et lui soumettent le concept des clips à venir du nouvel album... C'est déjà culte !
Culte comme cette année 2001 où le groupe décide d'attaquer une nouvelle fois la planète musique... Le premier track a l'essai n'est autre que “One More Time“ avec Romanthony... Il est joué lors d'une soirée “Respect“ c'est l'émeute... They are Back from Space ! Ce titre est le plus gros succès du groupe avec plus de 1,2 millions de copies écoulées. Les clips à la télé défrayent la chronique et se regardent comme un dessin animé, le groupe entre un peu plus dans la légende. Le 13 mars 2001 sort l'un des albums les plus attendus de puis 5 ans : “Discovery“...
À la fois encensé et critiqué, il entraîne des controverses aussi bien chez les fans de la première heure que chez les journalistes. Très orienté pop voire disco, l'album s'inspire grandement de certaines références culturelles des années 1980. Il laisse aussi une place importante aux voix vocodées : Thomas et Guy-Manuel s'essayent eux-mêmes au chant sur plusieurs titres. Le succès commercial est là encore particulièrement au rendez-vous. Le groupe obtient deux nominations aux Grammy Awards en 2001 et écoule près de 3 millions d'albums... Un peu plus tard, les critiques s'apaisent et l'album fait la quasi unanimité lorsque sort au cinéma “Interstella 5555 : The 5tory of the 5ecret 5tar 5ystem“ le film d'animation réalisé au Japon par Leiji Matsumoto. Le public découvre une bande son imaginative et ludique, qui n'est autre que l'album Discovery.

A cette époque, toujours à la pointe des nouvelles technologies, Daft Punk utilise le support DVD dès ses premiers balbutiements sur le marché pour sortir D.A.F.T : A story about Dogs, Androïds, Firemen and Tomatoes, réunissant tous leurs clips. En 2001, pour la sortie de Discovery, le groupe met en place un concept intéressant, le Daft Club, en réponse à Napster . Incluse dans le boîtier de l'album, la carte de membre permet un accès internet à un player et à des morceaux inédits...
Quelques années après, en 2005, sort le troisième album du groupe ; Human AfterAll... Celui-ci marque un tournant dans la carrière des deux androïdes. Alors que le duo revendique par le titre de l'album son “humanité“, l'album semble évoquer la fuite de notre société vers la plus complète déshumanisation. La encore c'est la controverse... L'accueil est mitigé, les fans de la première heure leur reprochant un opus répétitif et sans âme, les autres le voient comme un concept album fabuleux et novateur. En 2006, l'autre événement de l'année est sans aucun doute la sortie de leur film “Daft Punk's Electroma“ lors du festival de Cannes. Le film raconte la quête d'humanité de deux robots... Tiens tiens ne serait-on pas dans l'autobiographie là ? Bon à la fin ils se suicident mais ils diront eux-mêmes de la fin que : “s'ils se suicident, c'est peut être un espoir, dans une histoire de science-fiction : ça peut signifier qu'ils vont ainsi réussir à devenir humains. C'est le paradoxe du suicide, un acte qui définit une humanité.“
En 2009, ils remportent deux Grammy Award : l'un pour Alive 2007 dans la catégorie Meilleur album électronique ou dance et l'autre pour le single Harder Better Faster Stronger issu de ce même album dans la catégorie Meilleur single électronique ou dance. Une nouvelle reconnaissance jusqu’à ce nouveau coup du sort qui les relie à la planète Disney en signant la bande son du film « Tron : L’Héritage », la suite du film de science-fiction Tron sorti en 1982. Selon l'actrice Olivia Wilde qui joue dans le film, les Daft Punk devaient faire une apparition: « Ils sont venus sur le plateau », explique-t-elle, « et ils vont sans doute participer à la promotion du film, en particulier au Comic-Con ». Ceci a été confirmé lors de la diffusion de 7 minutes du film au Comic-Con 2010 où l'on pouvait les voir ainsi que leurs costumes créés pour l'occasion. Fin juillet 2009, Pitchfork, un site américain traitant de l'actualité de la musique indépendante, affirme que les Daft Punk seraient tellement satisfaits de leur musique produite pour « Tron : L’Héritage », qu'ils envisageraient une tournée. Depuis pas de confirmation officielle mais quelque chose nous dit que la grandeur des Daft Punk en Live devrait de nouveau résonner dans notre galaxie de simples humains…
Nouveau clip "Derezzed" !!!